En ces lendemains de défaite et en un presque printemps, il serait dommage de ne se résigner qu’à la morosité. La déception est légitime, d’autant que la défaite advient de la pire des façons : à savoir le fond plus que la forme.

 

Un goût d’inachevé

Depuis deux ans, le Real Madrid est victorieux dans toutes ses confrontations de LDC à éliminations directes ou en finale. Son appétit après de telles agapes? Décuplé par la disette qu’il connaît sur sa scène nationale. Il ne faut jamais sous-estimer la voracité d’un ogre affamé. C’est être trop tendre. Il ne fera de vous qu’une bouchée. Bravo Goliath, bonne chance pour la suite. Concentrons-nous sur notre David en devenir.

Déçu est le mot qui revient le plus dans la bouche des joueurs : déçus du résultat. Déçus de la manière. Déçus d’eux-mêmes. Déçus de ne pas avoir été au rendez-vous de l’histoire comme des supporters. Déçus pour le Ney. Déçu sera également le mot du Président dès sa prise de parole dans le vestiaire. Là où les pleurs de Marco Verratti, plus que jamais, témoignent, de l’homme, du footballeur et de la frustration d’un être qui joue comme il vit. Sans fard. Ni filtre. Ni recul … Est-ce qu’il est temps pour le natif de Pescara de canaliser ce trop plein d’émotions qui le fait se ressentir sur un terrain, au coeur de l’action, comme s’il était dans son salon devant sa télé ou au milieu des ultras de la curva? Oui. Mais n’attendez jamais de lui qu’il cesse d’être ce passionné de la vie, et de vivre son sport tel qu’il le fait. Avec démesure. C’est là aussi la source de sa créativité. Ne croyez pas non plus que son élan vociférant envers l’arbitre ne soit que vile réaction. Il est surtout la manifestation, certes ridicule et facile, d’un vertige, d’un cauchemar, d’une nausée. Celle d’un être électrisé par la quête de la coupe aux grandes oreilles, qui lui demande de s’arracher au vide du morne quotidien de la Ligue 1. Le choc est violent. Sans vouloir offenser ni Dijon, ni Amiens et consors, ils ont tout notre respect. S’arracher au vide pour sentir son rêve lui échapper, est un cocktail explosif pour tout émotif. Plus encore pour le notre qui n’est plus anonyme.

 

 

Les cadres prennent la parole

Comme à la mi-temps, Alves s’adresse à ses pairs. D’abord pour présenter des excuses au groupe. L’homme est du genre à assumer ses responsabilités. Il prend donc la part qui lui revient sur le but de CR7. Ce qui ne peut que faire grandir un groupe dans l’ensemble en déficit de maturité. La jeunesse à ceci de merveilleux, qu’elle est un terreau fertile à la promesse d’une aube nouvelle, à la condition d’être guidée, épaulée, éclairée. Le brésilien le sait. Lui parle souvent dans le vestiaire mesure l’écho de son intervention alors il continue, battant le fer de la leçon du jour : le non respect des consignes, de ce qui avait été voulu et accepté par tous : mettre de l’impact.

 

Lass Diarra aussi y va de son couplet. Bien que fraîchement débarqué, il a lui aussi bien compris que les jeunes hommes qui l’entourent, sont encore en formation. Il se glisse donc spontanément dans le rôle de l’aîné consolateur. « Vous êtes très jeunes et vous allez en avoir encore beaucoup à disputer. Rappelez vous de cette défaite et du mal qu’elle vous fait. Rappelez vous du sentiment de honte qu’elle vous procure et du sentiment de manque de respect qu’on a commis. Rappelez vous de ce mal, ne l’oubliez jamais. Elle doit vous motiver sur le terrain pour ne plus jamais la revivre. »

 

Des mots emplis d’empathie et de justesse, qui ne consoleront cependant pas le plus jeune qui est plongé dans une profonde tristesse. L’apprentissage du Goldenboy 2017 passe aussi par là. Quant à ceux ayant connus la débâcle du Camp Nou, la piqûre de rappel ne peut être que salutaire. Ce n’est pas parce qu’une leçon est, violente, brutale, humiliante qu’elle est forcément plus aisée à intégrer. À bien y regarder, on peut légitimement se demander si certains n’ont pas cru voir des spectres venir les hanter au fil de ces 90 minutes. Les traumatismes ne s’effacent pas d’un revers de main. Là aussi c’est un chemin, vécu par chacun, selon son propre rythme, sa propre sensibilité, son background personnel.

 

Silva, toujours autant énervé, se place lui dans la posture du « bad cop ». Dans son emportement, il s’adresse à tous et à personne en particulier, reprochant à la cantonade de n’avoir respecté personne, ni leurs partenaires, ni les adversaires, ni les supporters, de ne pas avoir compris l’importance du match. C’est un point de vue, moins empathique que les précédents mais c’est le sien. Toutefois un ressenti, exprimé par plusieurs joueurs dont Adrien Rabiot laisse entrevoir une autre lecture. Avec sincérité et vulnérabilité, il reconnaît qu’il a en partie perdu ses moyens. Ce qui est très inhabituel  pour ne pas dire inédit chez le bonhomme, au caractère discret mais affirmé. Il explique sans se dédouaner, que cela a eu une conséquence, qu’on estimerait immédiate autant qu’inattendue : à partir de là l’ambiance de feu mise aux 4 coins du Parc par les supporters s’est transformée pour eux, en pression supplémentaire.

C’est une chose de concevoir mentalement l’exploit, de s’y préparer physiquement, une autre de s’y confronter. Rien ne remplace l’expérience. Jamais. Aucuns entraînements, aucunes simulations ne peuvent pleinement vous immerger dans le cœur du réacteur de la vie. Mais la lucidité avec laquelle ce garçon, qui se connaît parfaitement, a vécu celle-ci, suggère qu’elle peut être vite et pleinement intégrée. Grandir passe par là. Par des épreuves. Par des échecs. Par découvrir de soi des failles qu’on ne soupçonnait pas. L’essentiel est de le vivre le plus consciemment possible. Il est à noter, que dans un tel contexte, il aurait aimé que son entraîneur « lui rentre dedans » En voilà deux, qui viennent d’apprendre à mieux se connaître. Il n’est jamais trop tard.

 

 

Tourner la page et vite 

Emery puisqu’il est question de lui, fixe le cap. Ce n’est pas passé, mais il reste des choses à aller chercher et pour ça il faut se remettre vite dans le droit chemin. C’est le message qu’il adresse à son groupe. Chacun file à la douche, mais il faudra bien plus que ça pour ôter le dégoût qui les habite tous. 24h après beaucoup sont encore sonnés.

Voilà clap de fin. Le rideau est tombé. Très vite, trop vite cette année encore, sur la scène du spectacle le plus espéré par chacun, des joueurs aux supporters, en passant par le club. Mais rendez-vous est pris pour l’année prochaine et les suivantes. L’adversité n’a jamais fait de cadeau à Paris, et ne lui en fera jamais. C’est gravé dans le même marbre que celui des Tables de la Loi. Il n’est pas simple d’en prendre la mesure et de l’accepter, surtout pour des privilégiés au quotidien. Tant chez les joueurs que les supporters. Mais il est essentiel de le faire. Parce que c’est la clé de la combativité. Celle qui permet d’endurer la joute jusqu’au bout. Celle qui permet d’être prêt à mourir s’il le faut, pour  le triomphe de son camp. Et s’il est bien une leçon à retenir pour le club de la capitale, dans cette campagne, c’est celle-ci. Parce que l’adversité rencontrée lors du match aller (arbitrage maison par exemple) a plombée la combativité indispensable à celui du retour. Au PSG de trouver des ressources dans ses propres forces actuelles comme dans celles futures à venir, pour optimiser dans sa quête, le grand écart auquel il ne peut échapper. Celui qu’il est dans l’obligation de faire entre la L1 et l’élite mondiale et européenne. On vous accorde que l’équation est encore compliquée, mais il en faudra plus pour le faire renoncer.

C. M.