Unai Emery s’est confié au quotidien espagnol Marca. Face à Juan Castro un journaliste espagnol reconnu, il a abordé de nombreux thèmes liés au PSG mais aussi au football en général. Voici cet entretien en intégralité, traduit par nos soins.

Etes-vous d’accord avec ce qu’a déclaré Mbappé sur une couverture de MARCA en janvier: « Nous allons à Madrid pour lancer un message au monde du football. »

« Oui, nous allons être le centre du monde ce jour-là. Ce match serait, tranquillement, une possible finale. Le message est que nous croyons en nous-mêmes, que nous sommes prêts à jouer des chocs comme celui-ci. Je suis très excité de jouer contre Madrid, vainqueur de trois des quatre derniers Champions League. Que le PSG soit à ce niveau est un grand défi et j’y fais face naturellement. »

 

Ce sera un éliminatoire de cracks, mais ça se jouera également dans le milieu de terrain. Verratti, par exemple. A-t-il déjà réussi à faire de lui le ‘Xavi moderne’, comme il l’a déjà dit?

« Marco a de la personnalité et nous voulons l’améliorer, mais il n’est pas conseillé d’aller contre-nature. Il ne sera jamais un attaquant qui marque beaucoup de buts, mais un joueur vertical ayant la capacité de faire la dernière ou l’avant-dernière passe, de trouver l’ouverture dans des espaces restreints. Et puis c’est un garçon avec beaucoup de coeur. Il doit continuer à mûrir au niveau mental pour évoluer dans sa verticalité. Il approche de la zone, mais il ne sera jamais un milieu de terrain marquant beaucoup de buts. »

 

Comment allez-vous gérer contre Madrid avec un trident indéboulonable devant et un milieu de terrain avec des joueurs aussi offensifs que Draxler ou Di Maria?

« J’ai entendu Florentino Perez dire cette fameuse phrase: pour être la meilleure équipe du monde, vous devez signer le meilleur joueur du monde.»

« Après le départ d’Ibra, l’équipe a essayé d’évoluer. J’ai toujours entendu le président Florentino Perez dire cette fameuse phrase que pour être la meilleure équipe du monde, vous devez signer le meilleur joueur du monde. C’est un bon exemple pour les équipes ayant cette capacité économique. Et Madrid l’a fait, par exemple avec Figo. Quand ce jour-là j’ai lu dans Marca que Figo s’en allait après que sa clause ait été réglée, je n’y croyais pas. C’était incroyable. En Espagne, j’ai toujours vécu cela avec Madrid: la signature de Zidane, Cristiano, James … Et le Barça l’a fait, en payant la clause de Rivaldo, par exemple. Nous voyons toute cette capacité économique maintenant en France. Et je pense que c’est positif pour ce pays, qui devrait être reconnaissant au capitale du Qatar pour faire venir les meilleurs ici. Et la dernière étape prise par le président Al-Khelaïfi a été d’amener l’un des trois meilleurs joueurs du monde, Neymar. Cette équipe s’est améliorée dans offensivement avec ces signatures. Et puis, ici, je réponds à la question, c’est ma capacité à ordonner tout ce talent et à lui donner un équilibre. C’est un défi intéressant. »

 

Comment allez-vous jouer? Vous êtes l’un des Espagnols qui triomphent à l’extérieur et qui n’est pas identifié par le ‘tikitaka’.

« Le Tikitaka est un concept journalistique. Notre PSG est l’une des équipes qui, en Europe, fait le plus de passes dans un match. Nous sommes entre les 700-800 passes par partie. Il y a peu d’équipes qui jouent de la sorte. Je ne porte pas d’étiquettes ou je ne lis pas celles qui me sont données. Nous analysons seulement les matchs et nous voyons que nous sommes ceux qui, sur la base de plus de combinaisons, arrivent plus souvent et de la meilleure manière en attaque. »

Comment avez-vous mis fin à la polémique due au penalty (Neymar a pris un pénalty à Cavani et ils se sont expliqués publiquement ) ?

« Avec naturel, comme je l’ai fait à l’époque de Lorca. Je lu ai dis:  moi j’étais un coéquipier d’Aitor Huegún, un joueur avec beaucoup de potentiel en Segunda et Segunda B. Nous étions coéquipiers et par la suite je suis devenu son entraîneur. Il s’avère qu’il était le spécialiste des tirs aux buts, mais son efficacité n’était pas du tout suffisante pour le justifier. C’était un de mes amis, mais j’ai pris la décision qu’il ne les tirerait plus. Et il s’est mis en colère. Depuis ce jour jusqu’à maintenant, ce que je regarde est la capacité à répondre efficacement. Et dans ce PSG, ils en ont beaucoup, car ils sont très bons. Mais celui qui en avait le plus était Cavani. Quand Neymar est venu, ils se sont retrouvés à deux. De là, naturellement, nous avons parlé avec les deux afin qu’ils se les partagent. Un jour il y a eu un doute, et là je suis intervenu … pour faire qu’on en arrive à la situation actuelle (seul le brésilien les tire). »

 

Parlez-nous de Neymar. Vous n’avez pas entraîné Messi. Avez-vous été aussi proche d’un joueur avec une telle technique ?

«Il est vrai que Neymar est né pour être un crack.»

« Je l’ai été à Valence avec Villa, Silva, Albiol, Marchena, Baraja … A Séville, j’ai eu Rakitic … Arrivé au PSG, je trouve aussi des joueurs de haut niveau. Il est vrai que Neymar est né pour être un crack, de sorte que son talent ferait grandir son équipe et lui. Je n’en ai jamais eu un comme lui et je suis très reconnaissant de pouvoir l’entraîner. Maintenant, ce que nous cherchons, c’est tirer le bénéfice collectif de sa présence. Neymar a fait un pari sportif, quittant la zone de confort qu’il avait à Barcelone et il doit mériter ce respect ici. C’est en cours. Il veut, il a faim. Le PSG a de la chance de l’avoir lui et Ney, d’être dans une équipe avec beaucoup de conditions pour améliorer son éclat personnel et atteindre des objectifs collectifs. »

 

Comment dompter l’esprit libre d’un jeune de 26 ans comme lui ? Ce ne sera pas facile.

« Mais, il a un grand cœur et les discussions que j’ai eues avec lui ont toujours été positives. Il m’a toujours dit qu’il venait ici pour aider, avec humilité. Dans le jeu il a une grande responsabilité, et parfois nous devons même galvaniser cet excès. Nous lui disons: «Calme-toi, Ney». Quand l’équipe doit accélérer ou marquer, elle le cherche parce qu’il en a la capacité. Je lui dis que nous sommes là pour l’aider, pour qu’il se sente à l’aise sur le terrain et pour tout faciliter afin que son talent s’exprime en attaque. Mon travail consiste à trouver l’équilibrer pour que son talent soit décisif. Mais non, Neymar n’est pas un esprit libre, il a beaucoup de capacités individuelles et collectives. Si vous voyez les résumés de la TV, vous ne verrez que ses petits-ponts, ses roulettes,… Quant à moi j’analyse de manière plus globale: comment il s’intègre dans le collectif, comme le trouver dans les petits espaces, etc…»

 

Cavani vient de battre le record de buts du club (156). Qu’est-ce qui n’est pas visible chez lui et qui continue à te surprendre?

«Edi est déjà un gagnant, il a faim, il a une mentalité, c’est un compétiteur, il veut toujours jouer.»

« Quand je suis arrivé ici, le club et moi avons convenu que je devais donner à Cavani l’opportunité d’être le meilleur buteur de l’équipe. Il l’était déjà, mais il devait assumer cette responsabilité dans la position qu’avait Ibra. Au début, des doutes ont été générés, mais il a fait un travail fantastique. Il a ajouté beaucoup plus de choses à son football. Edi est déjà un gagnant, il a faim, il a une mentalité, c’est un compétiteur, il veut toujours jouer… Mais il a encore progressé, et il l’a fait la saison dernière. Et cette année est dans la même lignée. »

Mbappé, ce sera un crack dans le futur ?

« Il a un très grand avenir. On ne sait pas jusqu’où il ira. De plus, il vient de Paris. Auparavant, ces joueurs ne restaient pas en France, ils partaient. Maintenant, ils peuvent rester là pendant 15 ans et c’est une belle progression. Madrid et Barcelone voulaient Kylian, mais le PSG a eu le pouvoir de le garder dans un projet français. Je crois que la signature de Mbappé n’est pas due aux conditions économiques mais bien à l’attraction sportive. Et c’est un nouvel ordre européen. Les clubs voient leur règne menacé, comme avec Manchester City qui est également une nouvelle équipe avec une grande capacité économique. Et je pense que c’est une bonne chose pour le football qu’il y ait ces nouvelles équipes »

 

Mais la signature de Mbappé coûtera l’été prochain environ 180 millions d’euros au club. Trouvez-vous raisonnable qu’il y ait un fair-play financier?


« Oui, bien sûr, afin qu’il y ait un équilibre. Mais le fait est que le PSG respecte les lignes marquées par l’UEFA. »

 

Amir A.

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