« Il n’y a pas besoin d’être footballeur, pour offrir le meilleur à sa maman. Ça faisait partie de mes rêves et je veux toujours faire plus pour elle. »

Lassana Diarra a le sens des priorités. Si la vie est un voyage de plusieurs vies, le parcours de l’international français est rempli de chemins de traverse. Rebondissements sur rebondissements. Hauts après bas, bas après hauts. Comme la mer qui s’approche et qui s’éloigne, le natif de Belleville est mouvant. Il renaît. Puis disparaît de nouveau. Pour ressusciter encore. Sa carrière est une énigme. Comprendre : tout secret suppose une vérité retenue et cachée. « C’est vrai que j’ai eu pas mal d’épreuves. Après, c’est dû peut-être à mon éducation, à mes racines. Le football demande aujourd’hui beaucoup de caractère. Quand on est Français, et qu’on va jouer dans des pays étrangers, il faut du caractère, faut s’imposer dans le vestiaire. En France, on est un peu couvé . À l’étranger, ce n’est pas pareil. Il faut s’imposer. Ça demande une force de caractère. Ça demande aussi un gros travail sur moi-même (…) Aujourd’hui si je fais le bilan, je n’ai pas peur de le dire, ma carrière elle est extraordinaire. Je parle plusieurs langues. J’ai connu des grands clubs. Sincèrement, j’aurais pu faire mieux, mais j’aurais pu faire pire. Je n’ai aucun regret. Et ma carrière elle n’est pas finie. C’est pour ça qu’on est là aujourd’hui. Je pense sincèrement qu’il y a encore de belles pages à écrire », expliquait le joueur en 2015, lors d’un entretien à beIN Sports.

C’est un gamin de Paris, devenu pèlerin du monde. L’Angleterre. La Russie. L’Espagne. Les Emirats Arabes Unis. Il disparait, pour réapparaitre, comme le lapin du magicien. Si la routine est un indicateur de tous les crimes possibles, l’homme a poussé à fond le curseur. Avant même de passer pro, il avait déjà fréquenté quatre clubs (Paris FC, Nantes, Le Mans, Le Havre). Une moyenne qu’il conservera à l’âge adulte. À l’époque, le meilleur coach du monde (Mourinho) se prend d’affection pour lui, gamin de 20 ans d’une équipe de superstars (Chelsea). Jusqu’à sortir un de ses soldats (Paulo Ferreira), pour le titulariser le plus possible. Pas assez pour Diarra, qui ne joue pas la patience. Rebelote à Arsenal. Puis à Portsmouth, où beaucoup d’habitués de Fratton Park verront le joueur le plus fort de leur histoire. Au Real, Lass reste plus longtemps qu’ailleurs : l’amour dure trois ans. Puis viennent les histoires compliqués (Anzhi Makhatchkala, Lokomotiv Moscou, Marseille en crise, Al Jazira), parfois sans queue ni tête, pour un joueur de son standing. Certaines ne sont pas sans conséquences. Son aventure moscovite se solde par une interdiction d’exercer son travail. À ces longs mois sans solde, s’ajoute une amende de 10 millions d’euros à verser à son ancien club. L’ampleur de la sanction, et le montant démesuré de l’amende devraient interpeller. Diarra ne cherche même pas à soulever l’indignation. En Bleus aussi, le joueur emprunte les mêmes montagnes russes. Que faut-il comprendre ? Que faut-il y voir ? Un mercenaire, Lass ? « Lassana, très jeune, c’était déjà un patriarche, au caractère bien trempé, capable de vous dire non avec fermeté », racontait un de ses éducateurs au Havre, dans le JDD. Mieux résumé : l’homme ne fait aucun cadeau. Il est lucide sur le milieu du foot. « On n’arrête pas de dire que sans les autres tu n’es rien. Mais en fait, tu es toujours tout seul », disait Thierry Henry, qui voyait les choses sous le même angle. C’est-à-dire : l’employeur doit s’adapter à la valeur du joueur. Diarra n’ayant pas connu le succès du buteur des Bleus, il entend que ses clubs le rémunèrent en conséquence. Sans profiter de lui. Son talent se mérite. C’est à prendre ou à laisser. Les clubs exotiques de sa carrière n’ont pas été des roues de secours. C’était un choix assumé. Un exil volontaire, pour ne pas qu’on lui fasse à l’envers. Le contrat d’un an et demi qu’il obtient au PSG, en est une nouvelle preuve. Personne ne l’exploitera jamais. Même s’il n’est pas en position de force : au Real Madrid, où il retrouvera Mourinho, ce dernier ne le fait plus jouer car il refuse de signer avec le super agent, Jorge Mendes. Le Portugais baisse la tête à l’entraînement, ne voulant pas se trahir. Diarra se braque et force un départ. Il n’est pas une marionnette au bon vouloir des clubs. Il ne fait pas de compromis. Qu’importe s’il faut partir en Indonésie.

Pour le reste, l’homme reste un immense professionnel, ce que confirme tous les gens qui l’ont fréquenté. En off, les joueurs de Ligue 1 expliquaient qu’ils explosaient à chaque contact, lors du passage du joueur à l’OM. Diarra ne badine pas avec son corps, à qui il a toujours accordé un investissement maximum. Souhaitant être rassurés par la santé du joueur, les dirigeants parisiens lui font faire des tests à l’Hôpital américain (Neuilly-sur-Seine). Totalement satisfaisants. Ses proches le disent enthousiasmé par l’épreuve. Lass est un enfant de la magnificence : la Ville Lumière est un écrin taillé pour lui. Son ultime défi, comme un dernier tour de magie. Illusion ? Attraction ? On ne sait pas. Mais on saura assez vite.

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