Notre histoire deviendra légende.

Ce slogan des années 90 des ultras parisiens est redevenu d’actualité, plus que jamais, après le rachat du PSG par QSI, et une intégration express au Top 8 européen. Mais à l’arrêt depuis le départ de Leonardo, et brûlé vif un soir d’apocalypse à Barcelone comme on hurle dans la nuit, le club parisien jugeait l’intersaison actuelle “décisive“ pour son avenir. Deux mois plus tard, Paris a pris tous les risques et vient de réaliser le mercato le plus fou de l’histoire du foot, comme un joueur de poker qui fait tapis car il est sur le point de perdre. L’idée est de comprendre pourquoi. Beaucoup se sont exprimés dernièrement sur la venue de MBappé au PSG, et notamment de l’indécence (légitime) qu’elle va provoquer après le transfert déjà record de Neymar. Le meilleur journaliste de sport en France, le toujours bienveillant Didier Roustan (que l’on salue et que l’on remercie pour sa passion du foot, car il aime ce (le) sport pour ce qu’il est vraiment), a par exemple exprimé récemment sa réticence à la venue du prodige monégasque dans la capitale, pour des arguments totalement justifiés et pertinents. Pourtant, et c’est le caractère contradictoire de ce dossier, le Paris Saint-Germain a eu parfaitement raison de foncer sur ce qui est tout sauf un caprice de riche, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer aux premiers abords. En voici les raisons, que le club parisien confirmera dans les prochaines semaines/mois

1/ Un choix sportif

Avant toute autre chose, Unai Emery est un immense fan de Kylian MBappé, qu’il considère comme un crack et un garçon qui a la tête sur les épaules. C’est lui qui souhaite intégrer le joueur monégasque à son équipe. Leur longue rencontre à Bondy cet été a permis au Basque de confirmer de par lui-même ce qu’il pressentait : la mentalité du joueur, sa maturité exceptionnelle et son intelligence doivent lui permettre de faire la carrière que ses immenses aptitudes techniques lui promettent. Surtout, sportivement, le coach espagnol identifie depuis longtemps un problème de son équipe, qui possède de nombreux joueurs d’axe qui demandent essentiellement le ballon dans les pieds. Surdoué technique, Kylian est aussi un joueur de profondeur rare, qui excelle dans le jeu sans ballon – ce que seul Cavani est capable de faire au PSG. En plus de jouer sur un côté – où il a effectué toute sa formation – et de remplacer Cavani dans l’axe, MBappé est aussi remarquable dans la finition (6 buts en 9 matches de LDC à 18 ans…), un autre domaine déficient de l’équipe parisienne. L’idée de base du Paris Saint-Germain cet été était de signer deux grands joueurs offensifs : un joueur créateur-meneur-buteur jouant sur le côté gauche, puis un attaquant d’espace capable de jouer dans l’axe et sur les deux ailes. Si l’objectif de départ était de faire Alexis Sanchez et Kylian MBappé, les dirigeants parisiens ont finalement remplacé le Chilien par Neymar, et cherché comment financièrement être en capacité de faire le Français et la superstar brésilienne, quand ce dernier est allé de lui-même vers eux en leur exposant son mal-être au Barça.

2/ Une opportunité qui ne se représentera plus

Thierry Henry, à qui MBappé ressemble de par le profil technique, avait eu ces mots sur celui que l’on surnomme affectueusement la grenouille de Bondy : « Je n’aime pas comparer les joueurs, il faut que MBappé devienne MBappé. Mais qu’est-ce qu’il est bon ! Et puis je l’ai rencontré, il m’a donné l’impression d’avoir la tête sur les épaules et j’aime le regarder jouer. Car il pense. On ne parle jamais du cerveau d’un joueur et ça m’énerve. Et quand je le regarde dribbler, il pense, il pense quand il joue et ça, pour moi, c’est le plus important dans un joueur. Il pense, il utilise son cerveau. Le petit est malin. » Si Unai Emery partage depuis longtemps les mêmes réflexions sur Kylian, c’est bien lui qui a su le convaincre de venir à Paris plutôt qu’au Real de Zidane ou au City de Guardiola. Face à face, le coach espagnol lui a répété les mêmes choses qu’au cours d’une table ronde qu’il avait tenu au mois de juin : « Si c’est vrai qu’il va devenir une icône du foot, quoi de mieux pour lui, pour la France, pour le PSG, qu’il y ait une union, une communion entre lui et Paris. Quoi de plus beau pour lui que de représenter sa ville. » Un discours et un destin à la LeBron James qui a fait frissonner de plaisir Kylian, qui veut accomplir le rêve de remporter la Ligue des champions avec le club de son cœur.

On sent poindre malgré tout, dans cette tornade de sentiments, une question en filigrane : Avec tout cet argent, ne valait-il pas mieux recruter plutôt un gardien ? Si tous les avis sont respectables, en prenant Lloris plutôt que MBappé, Paris aurait-il plus de chance de pouvoir aller loin en Ligue des champions cette saison ? Pas certain. Loin de là. Mais la différence est que l’été prochain, le club de la capitale pourra recruter un gardien s’il l’estime nécessaire. MBappé, ce ne sera plus possible. Il faut bien comprendre que si Kylian devient le joueur qu’on lui prête et qu’il part en Espagne ou en Angleterre, le PSG ne pourra plus l’attirer dans ses filets. Le train ne serait pas repassé, pour les deux parties. Et c’est aussi pour cette raison que le PSG a tout fait pour le faire venir, autant que pour la possibilité de posséder une équipe enfin capable de gagner la C1. L’année prochaine, la compétition reine comptera la moitié de représentants des 4 grands championnats européens (Allemagne, Espagne, Angleterre, Italie), d’où proviennent les 13 derniers vainqueurs. Au rythme où vont les choses, dans 15 ans, il n’y aura peut-être plus de représentant français (qui ne seront plus invités), vu que les 4 nations majeures du foot veulent faire des galipettes entre elles. Alors qu’il est devenu impossible de remporter la LDC si l’on n’est pas un géant espagnol, anglais, allemand ou italien, les Qataris auront tout essayé. Pour le PSG, faire venir les deux futurs meilleurs joueurs du monde (ce que pensent, à tort ou à raison, les dirigeants parisiens) représente donc une opportunité qui ne se représentera JAMAIS PLUS. Ce mercato est une rupture du continuum espace-temps, qui peut changer le monde pour toujours. C’est LE grand tournant de l’histoire de ce club de bientôt 50 ans. Avec réussite ou échec ? On le saura dans 5 ans. Mais si échec il y a, au moins rêve il y aura eu.

3/ Les critiques pleuvront quand même

Croire que le PSG ne va pas attirer des critiques violentes à son encontre est bien naïf. La venue de Kylian MBappé ne change absolument rien à l’affaire. La goutte d’eau qui fait déborder le vase a déjà été atteinte pour les gros clubs européens, qui contrôlent l’UEFA comme une mafia, après le paiement de la clause de Neymar rubis sur l’ongle. Pour le Barça ou le Bayern, le PSG est une menace absurde venue du néant et qui ne possède aucune limite. C’est l’éternel histoire de la chaine alimentaire : quand un requin passe sa vie à dévorer d’une bouchée des petits poissons, il ne peut que sentir le danger de mort quant à l’apparition d’un nouveau requin plus gros, qui rêve de l’avaler. Des attaques sont à prévoir, au minimum, contre le club de la capitale. MBappé ou pas MBappé. De la même manière que si le PSG se fait éliminer en 8es de finale de la Ligue des champions, quel que soit l’adversaire qu’il rencontre, il se fera largement huer (un coup d’œil aux unes du matin du 8 mars permet de comprendre beaucoup de choses sur la volonté médiatique de cliver le PSG). MBappé ou pas MBappé. Quant aux réseaux sociaux, qui influencent de plus en plus mal les journalistes, ils démontrent une tendance qui n’est pas représentative et que beaucoup croient pourtant être, à tort. Déjà, les réseaux sociaux embarquent beaucoup de rage, de haine et de colère qu’il est facile d’exprimer derrière un écran et qui déforment quelque peu une réalité nettement plus apaisée. De plus, un club clivant est forcément soumis à une tendance négative sur les réseaux sociaux. Admettons (à titre d’exemple) que sur Twitter, le PSG représente 20% des fans de foot en France utilisant l’application. Imaginons l’OM également à 20%, l’OL à 15%, Monaco à 10% (et ainsi de suite…). Dans le cas d’un transfert aussi démesurée que celui de Neymar ou MBappé, il est évident qu’il provoquera des réactions outrées. Sur Twitter, si le PSG est à 20% de fans de foot, les messages seront donc négatifs…à 80%, car venant d’autres fans de foot en France qui estiment (à raison, mais le monde capitaliste n’est pas la faute du Paris Saint-Germain) qu’ils ne pourront pas lutter.

4/ Le système inégalitaire est Européen

Churchill disait que le vice inhérent au socialisme consiste en une égale répartition de la misère, alors que le capitalisme consiste en une répartition inégale des bénédictions. Cette injustice exaspérante sera donc encore plus cruellement exprimée, et le PSG, longtemps victime d’un système qui l’excluait (club français, manque d’argent) en devient donc désormais bénéficiaire. Il n’est ni le méchant de l’histoire, et peut-être encore moins le gentil. Il fait ce qu’il peut, avec ce qu’il a. Ni plus ni moins. Dans l’histoire du foot, tous les clubs dominants en Europe sur la durée l’ont été car ils disposaient à un moment d’une position financière supérieure. Les deux clubs les plus titrés, le Real Madrid et le Milan AC, ont souvent été le club le plus riche d’Europe à un moment de leur histoire, leur permettant de se créer une légende et de s’assurer une attractivité éternelle. Quand, en 2009, le club merengue est au plus bas, Florentino Pérez dépense 240 millions d’euros en 1 seul mercato pour relancer le Real. Dont 94 millions pour Cristiano Ronaldo, et 66 millions pour Kaka, battant deux fois le record du monde des transferts. Le Paris Saint-Germain n’a rien inventé. Seuls les prix ont augmenté, car le marché subit une inflation galopante dont le PSG n’est pas le seul responsable. La mondialisation ayant prolétarisé la classe moyenne, les grands clubs européens sont toujours plus riches, et le seront hélas toujours davantage, dépassant bientôt le milliard de budget. Le vrai sujet est le manque d’égalité dans les championnats européens (hors Premier League). Les fans de l’OM ont par exemple raison de se sentir frustrés. Mais que le PSG peut-il y faire ? Déjà, dans les années 90, les pontes de Canal Plus avaient refusé de faire venir Ronaldo le Brésilien à Paris, par peur “d’écraser“ la compétition nationale. On a vu par la suite combien cela a porté chance au PSG sur les 15 années qui ont suivi…

Dans un monde libéral, il n’est pas anormal que Paris ait plus de possibilités que les autres clubs français vu à quel point la France est une nation centralisée, ce qui est l’énorme problème de ce pays. L’incompréhension parfois visible en province tient aussi à cette raison : l’anomalie n’est pas le PSG du Qatar (pour reprendre certains titres tapageurs du journal de l’honnête Bernard Tapie), mais le PSG de Colony Capital. Même si c’est parfois difficile à admettre pour les autres. Le monde est injuste, c’est un fait avéré, mais le PSG ne doit pas passer son existence entière à s’excuser. S’excuser de ne pas être assez fort pour gagner la LDC (et se faire taper dessus). Mais également s’excuser d’être trop fort pour la Ligue 1 (quand il l’est). Le problème est général et dépasse le club parisien. Si demain, l’OM possède un actionnaire capable de se hisser au niveau financier de Paris, ou qu’une Super Ligue Européenne était créée, les dirigeants parisiens ne seraient pas les derniers ravis, car ça n’enchante aucun d’entre eux de posséder un budget deux à trois fois supérieur à leurs rivaux nationaux. Ce n’est pas par plaisir mais par fatalité, pour lutter à armes égales contre les barons du foot mondial qui se sont construits une oligarchie comme des nobles qui vivent sur l’hérédité. Avec les droits TV qui devraient exploser et les conséquences du Brexit qui restent à constater, la Ligue 1 va peut-être posséder une chance, minime, de redevenir un championnat qui compte, ce qui n’était pas prévu dans le programme. Depuis l’arrivée de Zlatan Ibrahimovic, la L1 a enfin vu du pays. Il était impossible il y a 5 ans de voir en France autant d’entraineurs et de directeurs sportifs étrangers reconnus. Même à son rythme, le championnat français évolue dans le bon sens. Bien entendu, une L1 compétitive ne pourra qu’être bâtie sur le long terme et d’ici là, le PSG est voué à dominer. Il ne faut pas être hypocrite là-dessus, même si Paris n’a remporté que quatre des six derniers championnats (là où la Juve ou le Bayern font carton plein).

5/ Pour Neymar (et c’est la raison principale)

Il ne faut jamais insulter l’avenir. Jamais. Même embarqué dans une Neymarmania qui embrase tous les cœurs parisiens, personne ne peut savoir aujourd’hui si Neymar restera longtemps au PSG. Si le joueur brésilien se plaira sans nul doute dans la ville lumière, la Ligue 1 reste un point d’interrogation que personne ne doit oublier. Il n’est pas improbable qu’un jour ou l’autre, Neymar considère le championnat français comme trop petit pour son talent. Le PSG, depuis son rachat par le Qatar, a cette limite qu’il traîne comme un boulet, de ne pas pouvoir attirer suffisamment les meilleurs joueurs du monde à cause du championnat français. En attirant “Ney“, il brise (enfin) son plafond de verre et redéfinit son avenir. Mais la bataille est loin, vraiment très loin d’être gagnée. Il est évident que le Real Madrid, qui voudra remplacer Cristiano Ronaldo d’ici 2 ans, va suivre l’évolution de Neymar au PSG avec des idées derrière la tête. Même le Barça, dans le cas d’un retour de son président légendaire Joan Laporta, très proche de Pini Zahavi – l’homme à l’origine du transfert de Neymar à Paris – est tout à fait capable d’oublier les rancœurs et de faire revenir la mégastar brésilienne, qui conserve des liens affectifs puissants avec ses anciens amis barcelonais (Messi, Suarez, Piqué…). Être dans le coup d’après est un devoir pour le PSG. Si gouverner c’est prévoir, alors le club présage dès à présent ce genre de scénario négatif, moins improbable qu’il n’y parait, sitôt l’euphorie actuelle retombée, et c’est pourquoi l’arrivée de Kylian MBappé est une grâce tombée du ciel pour Paris. En prenant le prodige du foot français, le club de la capitale envoie un message direct à sa star brésilienne : “Le projet est sportif. On veut la Ligue des champions et nous faisons tout, absolument tout, pour l’avoir. A toi désormais de nous porter vers notre rêve, car nous sommes désormais capables de l’atteindre. “ L’arrivée de MBappé rééquilibre les forces et évite au PSG de se transformer en un Neymar FC où le Brésilien aurait tout dû porter, y compris le regard de la planète qui ne comprend pas comment on peut passer du Barça au PSG, de la Liga à la Ligue 1. Pourquoi ? Pour être le héros éternel du club de la plus belle ville du monde, qui en prenant MBappé après le roi du Brésil, démontre sa présence à la Terre par un Tsunami à deux vagues. Le PSG défie les ogres historiques dans un ouragan, brise l’ordre mondial du foot et fait comprendre à tous le message suivant : « Nous ne nous arrêteront pas à Neymar. Nous sommes vivants, plus que jamais, et vous allez devoir compter avec nous, que vous le vouliez ou non. »

La prise de risque est maximale, plus que tout ce qui a été fait dans l’histoire du foot. Et au loin, quand le PSG aperçoit le Graal de sa petite Ligue 1, le vertige de devoir transiter par une absence de mérite qu’il n’a pas choisi, pour atteindre le paradis qu’il n’est pas certain de connaître, hante nos jours et même nos nuits. Mais soyons clairs d’une chose et d’une seule : même si les oiseaux ne chantent jamais après minuit, quoi que l’avenir réserve à ce club, nous aurons pu rêver, au moins un peu, même beaucoup, plus qu’on aurait un jour pu l’imaginer. Et si dans une vie que l’on a rêvé, ces rêves ne font pas un peu peurs, c’est qu’ils ne sont pas assez grands…

A.C

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